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Réconcilier ses polarités pour se réconcilier avec Soi

Enfant, on ne se perçoit pas comme quelqu'un ou quelque chose en particulier. On n'est ni gros ni mince, ni bon ni mauvais, ni trop ni pas assez: on EST tout simplement. Et dans cet état d'être originel et indivisible on est heureux. Plus tard on se laisse convaincre par le monde extérieur qu'on est mauvais, alors on aspire à devenir bon; qu'on est gros, alors on aspire à devenir mince; qu'on n'est pas assez, alors on cherche à devenir plus. Dès qu'on aspire à être quelque chose ou quelqu'un en particulier, l'équilibre est rompu. Nous quittons alors la plénitude de l'être pour ne devenir qu'un fragment de nous-même.

 

Une fois adulte, on passe son temps à vouloir se définir comme ce quelque chose ou quelqu'un de particulier, pour présenter un extérieur poli et acceptable à la fois pour nous et pour les autres. "Je suis une thérapeute, je suis un père, je suis ceci et cela...", se dit-on. On le fait pour fuir le sentiment immense de vide intérieur, fuir cette voix qui nous susurre dans le silence de la nuit qu'au fond nous ne sommes rien. Une vérité profonde qui, si elle est acceptée, peut transformer toute notre expérience de vie.

 

On dit que la conscience originelle a deux facettes: l'alpha et l'oméga, le rien et le tout ce qui est. Le rien ne se connait pas, il est tout simplement. Le tout ce qui est se connait dans toute sa diversité.

 

À l'image de la conscience originelle qui nous incarne, au fond nous ne sommes rien, rien en particulier, des êtres perpétuellement indéfinis.

 

Nous ne pourrons jamais nous définir sans simultanément nous mutiler en rejetant des parts de nous qui ne cadrent pas avec le tableau. Si je me définis comme bonne, je vais automatiquement rejeter tout ce que je qualifie de mauvais en moi. Si je me définis comme féminine, mon côté "Yang" va se retrouver exclu de la scène. La question n'est donc pas tant de nous définir, que de nous connaître, car nous pouvons nous connaître dans toute notre richesse en acceptant toute la multitude et toute la diversité de nos facettes les plus refoulées.

 

Lorsque je me connais à la fois comme quelqu'un de bon et comme quelqu'un de mauvais; comme quelqu'un de féminin et à la fois garçon manqué ; l'indéfini en moi peut enfin se connaître dans sa totalité et se réaliser en tant que tout ce qui est. C'est là le retour à la plénitude intérieure.

 

Retrouver son état originel est plus facile qu'on ne le pense. Il suffit de se regarder dans la glace et de reconnaître le plus sincèrement du monde qu'on ne sait absolument pas qui on est. On a entièrement construit une image mentale de soi selon ce que quelqu'un a dit, ce que quelqu'un nous a fait etc. Reconnaître que tout ce que nous croyons savoir de nous a été défini de l'extérieur et que nous n'avons pas la moindre idée de qui nous sommes au fond est le retour aux origines, au rien, à l'enfant qui vient au monde et qui ne se connait pas encore. Avoir le désir sincère de se connaître et de s'accepter dans sa totalité et de faire face à toutes les parts de soi les plus refoulées est tout ce qui reste à faire. C'est comme repartir de zéro et d'aborder notre monde personnel avec innocence en découvrant qui on est grâce à nos actions dans les situations qui se présentent à nous. On est cette légèreté de la nature, on est cette personne égoïste par moments, mais aussi parfaitement altruiste à d'autres.

 

A titre d'exemple, j'ai rejeté, à la demande de ma famille, ma part égoïste, et je me suis construit un personnage de personne au service des autres -un masque à l'opposé de la facette que je rejette. Plus j'allais dans ma polarité altruiste, plus il me semblait être entourée d'égoïstes. C'est ainsi: le monde nous reflète ce que nous refusons de voir en nous-mêmes jusqu'à ce que ça crève les yeux. Jusqu'à ce que je reconnaisse et réintègre ma part égoïste comme étant une option. En réintégrant ma part égoïste, je deviens moins à la merci des autres, je m'autorise à penser à moi et à faire les choses à ma façon. Elle vient compléter ma facette altruiste afin que les deux s'équilibrent. L'équilibre est toujours quelque part au milieu des deux extrêmes.

 

C'est lorsque je réintègre toutes les parts de moi et réconcilie mes polarités que j'acquiers véritablement le choix d'être qui je suis. Mon attitude n'est alors plus le résultat d'injonctions extérieures mais l'expression de mon énergie personnelle, de mon être véritable, de ce qui émane naturellement de moi dans l'instant.