Vulnérables, et on assume!

 

Une vraie bête de travail, stoïque face aux épreuves et ayant de l'énergie à revendre : telle est l'image de l'humain moderne, fier conquérant du 21ème siècle, que l'on nous vend et à laquelle on nous demande de nous conformer au quotidien. Et si certains tentent encore tant bien que mal à tenir ce rythme effréné imposé par la société, d'autres en paient le prix par leur niveau de stress élevé, par leur santé déclinante et par une estime de soi plus basse que jamais. Car comment ne pas s'en vouloir de ne pas être à la hauteur ? L'écart immense entre les exigences sociales et la réalité humaine ne peut que nous entraîner dans la spirale d'auto-jugement. Pourtant, si l'on regarde de plus près, on se rendra rapidement compte que l'on nous demande une performance digne d'un robot... et nous ne sommes pas des robots ! Plus que jamais, il est temps de porter un regard objectif sur notre quotidien et de nous libérer de la pression qui nous pèse en acceptant et en assumant notre vulnérabilité, et donc, notre humanité.

 

Suis-je une bête de travail ?

Cette expression, « une bête de travail », s'est enracinée dans les cercles professionnelles tel un titre honorifique, la preuve de notre performance, de notre utilité et, par extension, de notre succès. Mais la réalité derrière l'expression évoque une toute autre image, celle d'une bête de bât que l'on charge avec toujours plus de responsabilités jusqu'à ce qu'elle s'effondre enfin et soit remplacée. Une connaissance m'a confiée que, dans une grande institution nationale où elle travaillait jadis jusqu'à vivre un burn-out, on parlait de « monter en charge », phénomène que les employés avaient renommé « charger la mule ».

 

Alors sommes-nous des bêtes de travail, au sens littéral du terme, pour ce système ? Voulons-nous continuer à l'être ? Ou sommes-nous à présent disposés à vivre et à assumer notre humanité ? Car notre humanité vient avec des périodes de productivité et des « coups de mou », avec les baisses d'énergie et de motivation, avec le manque de concentration. Oui, nous sommes vulnérables, mais si ces états de vulnérabilité s'installent, alors c'est le signe que quelque chose dans notre vie ne tourne pas rond et doit changer. Nous accordons-nous assez de temps personnel et de sommeil ? Sommes-nous épanouis dans notre travail ? Respectons-nous notre rythme au travail ou tentons-nous désespérément de nous caler sur celui des autres ? Telles sont les questions auxquelles nous devons trouver des réponses. Assumer notre vulnérabilité c'est nous reconnaître le droit d'être nous-mêmes, des personnes aux besoins spécifiques, besoins que nous tenons à respecter.

 

Les coups de nerfs

Lorsque nos besoins physiques et psychologiques ne sont pas respectés, notre niveau de stress grimpe en flèche. Nous devenons nerveux, intolérants et impatients, anxieux voire angoissés, incapables de prendre du recul face aux défis de la vie. Tout ceci draine notre énergie psychique. Le bouclier qui isolait notre inconscient de la personne consciente que nous avons construit s'effrite et nos blessures émotionnelles de l'enfance se manifestent plus librement. Dans ces moments-là, la solitude peut-être d'un grand secours. Un séjour à la campagne ou à la mer en compagnie d'un bon livre, de sa musique préférée ou de la seule nature a souvent un effet tout aussi puissant qu'un anti-dépresseur, avec l'avantage de non seulement apaiser notre âme, mais aussi de ressourcer notre corps. Fuir la folie de la civilisation moderne, ne serait-ce qu'un court moment, n'est pas signe de faiblesse. Bien au contraire, c'est une occasion de retrouver un peu de bon sens dans nos vies.

 

En mode marmotte

Ceci peut paraître aberrant, mais actuellement, deux-tiers des français dorment moins de 7 heures recommandées par nuit. La fatigue matinale est devenue une nouvelle norme dans une société où l'ont doit aller si vite et faire tant de choses qu'il ne nous reste plus assez de temps pour dormir. Combien de temps ce jeu peut-il durer avant que notre corps ne nous impose de nous arrêter avec un burn-out, une maladie chronique ou une crise cardiaque ? Ce qui était si naturel à notre naissance doit à présent devenir un effort : nous devons nous efforcer d'accepter de faire un break, nous rappeler que nous sommes humains, et que les humains ont besoin de sommeil. Il y a des jours où nous avons simplement envie de nous enrouler dans un plaid et nous réchauffer les mains sur un mug rempli d'un breuvage fumant. C'est naturel, c'est la vie. Il y a des jours, où nous progresserons lentement, où les urgences ne seront pas traitées et les échéances reculées. Ceci aussi est la vie. Cela ne nous rend ni pires ni meilleurs, seulement plus responsables envers nous-mêmes , plus à l'écoute de nos rythmes et besoins personnels et donc plus humains.

 

C'est en assumant nos vulnérabilités que nous les transformerons en forces, des forces à l'origine d'un bien-être profond et durable au quotidien.

 

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