S'affirmer: trouvez votre voix

Dans notre civilisation moderne, un nombre incalculable de personnes ne parviennent pas à s'affirmer. L'affirmation de soi n'est pas la même chose que s'imposer, accaparer l'attention et l'énergie des autres, ni même se montrer agressif. Bien au contraire, elle relève de la capacité à communiquer ses besoins aux autres de façon claire et pondérée. Dans cet article, nous allons voir quelques causes les plus courantes aux difficultés d'auto-affirmation ainsi que des solutions à mettre en place. Si vous aussi avez du mal quelquefois (souvent?) à vous faire entendre et respecter, continuez à lire.

 

Tout commence dans l'enfance

Les difficultés à s'affirmer remontent majoritairement à l'enfance. Les personnes qui les vivent disent souvent : « Déjà tout petit, je n'osais rien dire, je me tenais à part, j'étais quelqu'un d'effacé ». Les vieux modèles de l'éducation y sont pour quelque chose. Considérant l'enfant comme un être immature, sous-développé mentalement, émotionnellement et physiquement, elles sous-entendent que l'enfant est ainsi inférieur à l'adulte. Il en résulte, dans bien des cas, une attitude condescendante ou de contrôle de la part des parents vis-à-vis de leur progéniture. Car si de tels modèles n'encouragent pas à proprement parler la maltraitance (maltraitance physique ou psychique via contrôle par punitions - « Vas au coin jusqu'à ce que tu te calmes », chantages - « Si tu ne cesses pas de pleurer, tu n'auras pas de dessert » ou menaces - « Je vais tout raconter à ton père/ta mère » ), ils la justifient en quelque sorte grâce à ce concept d'infériorité de l'enfant. Ainsi tout enfant qui est réprimé dans l'expression de ses émotions, qui n'est pas écouté lors des difficultés personnelles ou lors de la prise de décisions familiales ou bien qui porte en lui certains types de blessures émotionnelles, aura des difficultés à s'affirmer une fois devenu adulte. Suivant les individus, l'affirmation de soi sera alors soit insuffisante, soit inappropriée et agressive. Voyons à présent quelques cas concrets.

 

« De toute façon, on ne m'écoute jamais »

Les personnes qui ont ce ressenti, ont depuis longtemps adopté une attitude de résignation dans leurs relations. Souvent, ils ont manqué d'écoute dans l'enfance, leurs parents n'ayant pas jugé nécessaire de les consulter et de tenir compte de leurs besoins. (En effet, certains adultes pensent savoir mieux que quiconque ce dont leur enfant a besoin, une certitude qui relève davantage de projections personnelles que d'une réalité objective). Généralement ces personnes ont subi de grands changements au sein de la famille : divorce, déménagements fréquents, séparations, sans avoir pu avoir un dialogue ou une explication avec leurs parents ou d'autres membres de la famille impliqués.

 

Attitude : manque ou absence d'affirmation de soi dans les relations, une attitude de fuite devant les difficultés relationnelles.

 

Conseil : vous n'êtes plus un enfant désormais et aujourd'hui votre vie ne dépend pas de vos parents ou de personnes extérieures, mais de vous. Réclamez votre plein droit d'affirmer vos besoins. Pour s'assurer que l'autre vous entende, demandez une conversation formelle (Ex : « Chéri, pourrions-nous prendre un moment pour discuter aujourd'hui ? J'ai quelque chose à te dire »). Si quelque chose vous frustre dans vos relations, questionnez les autres sur les raisons de leur attitude, considérez leur réponse puis exposez votre ressenti personnel face à cette situation et soulignez-en l'importance pour vous. (Ex : « Y a-t-il une raison particulière pour que tu laisses tes affaires dans tous les coins de la maison ? » - « Oui, j'aime les avoir à portée, plutôt que de les sortir des tiroirs plusieurs fois par jour » - « Je me sens envahi(e) par elles, et mon sens du confort et de bien-être en pâtit. C'est vraiment important pour moi de vivre dans un environnement bien rangé »). Ouvrez ensuite le dialogue en recherchant ensemble une solution plutôt que d'échanger des reproches : « Comment pourrions-nous nous organiser pour que nos besoins respectifs soient comblés ? » Le compromis pourrait être que votre conjoint possède un espace à lui qu'il organisera de la façon dont il le souhaite, le reste de la maison pouvant rester en ordre et bien rangé.

 

« Je me tais par peur du conflit »

Les personnes qui ont ce ressenti portent en elles une blessure de rejet. Enfant ils ont pu être rejetés à cause de ce qu'ils ont exprimé, que ce soit verbalement, par leur attitude, par leurs émotions voire simplement en affirmant leurs goûts et préférences. Par exemple, un enfant à qui ont dit « Tu as eu une colère, donc je ne te ferai pas de câlins », aura tendance à taire ses émotions (non-expression de soi) pour continuer à recevoir l'amour parental. De même, un enfant dont on dénigre constamment les idées (« Mais non, t'es trop bête, ce n'est pas comme ça que ça marche », « Si tu n'as rien d'intelligent à dire, ne dis rien » etc.) renoncera à les exprimer aux autres. Ces enfants, une fois adultes, redouteront les conflits. Il faut bien comprendre qu'un conflit ne suppose pas forcément une dispute. Une simple opposition de points de vue, un banal désaccord peuvent être perçus par ces personnes comme conflictuels et source de rejet. De ce fait, elles ne souhaitent surtout pas prendre le risque de montrer que leurs avis divergent de ceux de leur entourage, et taisent leurs besoins.

 

Attitude : ne pas faire de vagues, sacrifice de soi, frustration, les besoins des autres passent toujours avant les siens. Attitude parfois passive-agressive. Boudeurs ou perçus comme tels.

 

Conseil : comprenez bien qu'étant un individu à part, vos besoins vont forcément diverger de ceux des autres à un moment donné, ce qui est également le cas de toutes les personnes qui peuplent la Terre ! Il est normal de ne pas toujours tomber d'accord avec votre entourage. Est-ce une raison pour en faire un problème ? N'est-il pas plus intéressant de rechercher un compromis qui satisfasse toutes les parties ? Pour communiquer vos besoins, appliquez la même méthode que dans le cas précédent. Si votre blessure de rejet vous a attiré une relation où la moindre tentative d'affirmation de votre part provoque une dispute, vous pouvez procéder de la même façon en mettant vos besoins par écrit. Rédiger une lettre vous évitera de vous confronter directement à l'autre, tout en vous permettant de faire passer le message. Un travail sur votre blessure du rejet peut également être salutaire.

 

« Je me tais par peur de perdre l'autre »

Les personnes qui ont ce ressenti portent en elles la blessure de l'abandon. Cela avait pu prendre forme d'un éloignement ou d'une séparation définitive suite à un échange verbal houleux. Parfois l'enfant n'a pas directement vécu les événements, mais en a été témoin, comme c'est le cas lorsque les parents se disputent souvent avant de finir par divorcer. L'inconscient de l'enfant relie les échanges verbaux (disputes) avec l'éloignement de l'un des parents et en déduit que pour éviter de vivre de nouveaux abandons il vaut mieux se taire. Les expériences en amitié et en amour jusque dans l'adolescence peuvent produire les mêmes effets. Il m'est arrivé de rencontrer le cas d'une jeune femme qui avait beaucoup de difficultés à s'émanciper de sa famille. Adolescente, elle avait désobéi à son père et est partie vivre avec un garçon dont elle était amoureuse. Le père, face à un tel affront à son autorité, a préféré définitivement couper les ponts pendant une période. Situation que la jeune femme avait vécu comme un abandon. Ses difficultés actuelles sont ainsi liées à cette blessure : « Si j'affirme mes besoins, si je m'émancipe à nouveau, on va me laisser tomber ».

 

Attitude : dépendant de l'autre, volonté excessive de faire plaisir même au détriment de ses propres besoins, peur constante de perdre l'autre, grande souffrance de ne pas pouvoir vivre ses aspirations.

 

Conseil : étant devenu adulte, il est grand temps que vous vous mettiez au pied d'égalité dans toutes vos relations. Vos besoins sont aussi importants que ceux des autres. Émancipez-vous affectivement et si possible matériellement. Osez avoir votre propre cercle d'amis et vos propres centres d'intérêt et occupations. L'attention de l'autre n'est pas votre unique source de joie dans la vie, alors prouvez-le. Ne vous ayant plus à sa disposition, l'autre portera sur vous un regard nouveau, vous respectera davantage et voudra certainement vous accorder plus d'attention afin de vous « reconquérir ». Le travail sur votre blessure de l'abandon peut également s'avérer d'une grande aide.

 

« Je m'affirme de façon agressive »

Les personnes qui ont ce ressenti, ont souvent manqué, elles aussi, d'écoute dans l'enfance. C'est comme si elles haussaient inconsciemment le ton (le volume) pour être certaines de se faire entendre. Chez elles l'agressivité apparente cache en réalité la peur de devoir subir une situation, de se faire envahir par l'autre. La colère est alors mobilisée pour prendre le contrôle de la situation et la faire changer radicalement avant que ce qui est redouté ne se produise. Afin de ne pas prendre le risque de succomber aux besoins de l'autre, ces personnes tentent ainsi de devancer leur interlocuteur et de prendre l'ascendant sur lui.

 

Attitude : prend sur lui puis « explose » en reproches, ton accusateur, énumère les défauts de l'autre, menaces et chantage.

 

Conseil : oubliez les reproches et axez le dialogue sur vos ressentis et besoins. Cela aidera l'autre à mieux vous connaître et à vous comprendre. En cas de reproches, votre interlocuteur saura ce qui vous dérange, mais pas ce que vous voulez. Or, cette dernière donnée est la plus importante de l'équation, car c'est elle qui est la clé du changement positif dans vos relations. (Ex : non pas « Tu m'as abandonnée, tu ne m'écoutes jamais, tu me tournes en bourrique », mais « Dans cette situation, je me sens abandonné, non écouté, tourné en bourrique. Dans notre relation j'ai besoin de... et de... Que proposes-tu ? » ) Si vous ne vous sentez pas capable de gérer votre réflexe de la colère, laissez-la passer avant d'entamer la conversation à froid. Dans des cas extrêmes, mettez vos besoins par écrit en rédigeant une lettre que vous remettrez à l'autre. Vous pourriez aussi faire un travail de guérison de l'enfant intérieur pour libérer votre colère.

 

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