Comment redevenir maître de sa vie?

Peu de personnes aiment revenir sur leur passé, en particulier sur les événements douloureux qui les avaient profondément marqué. Beaucoup sont partisans de l'idée qu'il vaudrait mieux laisser le passé dans le passé et se concentrer à bâtir son avenir. Ils se lancent avec enthousiasme dans leur projets et se retrouvent bientôt arrêtés par des angoisses irraisonnées, par des peurs ou des doutes, ou encore par un sentiment de faible estime de soi. Auto-sabotage ? Loin de là ! « Nous sommes le résultats de ce que nous avons été » affirmait Gautama Bouddha quelque 2500 ans en arrière déjà. Cela signifie qu'il est dans notre intérêt absolu de ressortir les dossiers poussiéreux de notre enfance et adolescence et de nous y pencher de plus près, afin de non seulement comprendre les blocages qui nous empêchent de nous épanouir pleinement, mais aussi de les lever.

D'où proviennent les blocages émotionnels ? Ne sommes-nous pas maîtres de notre vie ? Pour le comprendre, imaginons tout d'abord que vous soyez assis derrière votre ordinateur et que celui-ci fonctionne parfaitement, mais que le logiciel de traitement de texte que vous utilisez subit un dysfonctionnement et n'écrit que du chinois. Chaque fois que vous essayez d'aligner une phrase en français sur votre clavier, vous obtenez un ensemble de signes indéchiffrables, ce qui rend votre travail d'écriture au mieux frustrant et au pire impossible.

 

Maintenant pensez à cette analogie appliquée à vous-même. Votre cerveau est comme l'ordinateur destiné à traiter les données. Votre conscience c'est vous, l'utilisateur de l'ordinateur. Quand au logiciel, c'est votre personnalité, vos préférences et antipathies, vos réactions courantes, vos pensées fixes et vos émotions. Ce « logiciel » n'a pas été programmé par vous, mais par votre environnement (parents, professeurs, amis, média...), par conséquent il n'est pas toujours configuré pour servir vos intérêts, à moins que ceux-ci ne coïncident avec ceux de votre entourage. Aussi, lorsque vous souhaitez, par exemple, entreprendre les études de beaux arts, alors que votre père avait toujours méprisé les métiers artistiques, vous allez subir un conflit émotionnel intérieur intense. C'est littéralement comme essayer de faire accepter le français à un logiciel configuré pour du chinois – un combat perdu d'avance.

 

Peut-être que l'unique source de notre insatisfaction perpétuelle et du sentiment de manque intérieur qu'aucun bien matériel ne peut jamais combler pleinement, c'est justement cette soumission au « programme » et l'incapacité à être pleinement nous-mêmes. Plus la différence entre ce que nous sommes et ce que nous souhaitons être est grande, plus nous souffrons émotionnellement, et si nous ne parvenons pas à renverser la tendance, cette souffrance peut nous pousser à nous rabaisser, à plonger dans la dépression ou même à mettre fin à nos jours.

 

Sommes-nous vraiment si impuissants face à l'héritage de notre éducation ? Heureusement, la réponse est « non », car nous ne sommes pas seulement notre personnalité, nous sommes avant tout la conscience créatrice qui opère en arrière-plan de cette dernière, ce qui nous offre la possibilité de prendre du recul par rapport à notre programmation de l'enfance et de l'adolescence, de la revoir et de la corriger à notre avantage.

 

Il y a plusieurs années, alors que j'ignorais encore tout de la sophrologie et du fonctionnement de l'enfant intérieur, je faisais un rêve récurrent. Dans ce rêve, je me trouvais sur la plage et un énorme félin (parfois un lion, parfois un tigre et parfois une panthère) me fonçait dessus comme pour se jeter sur moi. Pétrifiée de peur, je fermais les yeux en attendant le pire, mais rien ne se passait. Lorsque j'ouvrais les yeux, le félin était immanquablement assis près de moi sur le sable en regardant paisiblement l'océan, tel un ami et un gardien majestueux. Ce félin était mon côté inconscient, siège d'émotions viscérales et primaires, le « programme » dont nous venons de parler et, paradoxalement, pour apprivoiser cette part de moi, je devais d'abord m'y abandonner.

 

Redevenir soi requiert au fond une seule chose : se confronter à son inconscient, y faire le tri et laisser tomber tout ce que nous sommes devenus pour faire plaisir à quelqu'un d'autre, comme on pèle un oignon. C'est un processus profond de libération et de redécouverte de soi qui nous guérit et nous change de l'intérieur.

 

Le point de départ de ce travail de guérison intérieure est toujours un conflit émotionnel. « Chaque fois que je subis une critique, je ne peux m'empêcher de me sentir profondément blessé, comme si c'est toute ma personne qui était attaquée, ce qui me perturbe beaucoup et crée des conflits sur mon lieu de travail et dans mes relations personnelles », confie un homme. « Je n'arrive pas à suivre une scolarité normale à cause des crises d'angoisse intenses et handicapantes qui surviennent au moment des contrôles et des examens. Je me suis retrouvée plusieurs fois à l'infirmerie », affirme une adolescente. « J'ai essayé de refaire ma vie conjugale à plusieurs reprises, pensant recommencer à zéro, mais je n'ai cessé d'attirer des hommes qui finissaient par devenir violents et irrespectueux envers moi, me renvoyant à mon sentiment d'être une victime », déplore une femme.

 

Nos émotions les plus viscérales et les plus intenses sont telles des fils d'Ariane qui conduisent aux épisodes de notre passé d'où elles sont issues. Tout le travail revient à les faire parler, puis à revisiter les mémoires en question afin de comprendre les dynamiques qui se sont joués dans nos relations lorsque nous étions enfants et l'empreinte que ces dynamiques ont laissé dans notre psyché.

 

Ainsi, dans l'exemple ci-dessus, l'homme a retrouvé la mémoire où, enfant, il avait été critiquée par son professeur devant toute la classe et met en évidence le sentiment profond d'humiliation qu'il avait éprouvé à cet instant. Sans le savoir, il revivait cette blessure à chaque fois que quelqu'un remettait en question sa manière d'agir au travail ou dans la vie de tous les jours. Une fois cet épisode du passé rendu conscient, il a acquis suffisamment de compréhension et de recul vis-à-vis de ses réactions à son entourage et ses relations ne s'en porteront que mieux. Il a remplacé sa mémoire douloureuse par une réalisation nouvelle qui lui a fait comprendre qu'une critique constructive a pour but d'améliorer son travail et non d'affirmer son incompétence.

 

Ce exploration intérieure requiert beaucoup de patience et de bienveillance envers soi-même, et surtout une réelle motivation à devenir responsable de sa vie, ce qui implique mûrir, grandir intérieurement, devenir véritablement adulte. Et pour cela, nous avons avant tout besoin de reconnaître que nous sommes de grands enfants qui n'ont pas toujours eu l'occasion de mûrir émotionnellement, car personne ne nous l'avait appris.

 

Au final, comment devient-on maître de sa vie ? En en revendiquant la pleine responsabilité. En rendant l'inconscient conscient, en mettant de la lumière dans toutes ses zones d'ombre intérieures, afin de ne plus être en -action constante à la vie, mais en action consciente, planifiée et choisie pour créer la vie selon ses souhaits et à son image. N'est-ce pas le chemin que nombre de grands maîtres avaient emprunté avant nous ? N'est-ce pas ce à quoi nous aspirons tous, au fond ?

 

 

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